Plus on passe de temps à travailler et plus l’on boit

 Travailler plus de 48 heures par semaine serait préjudiciable pour la consommation d’alcool.

Les urgentistes se sont battus pour que leur temps de travail ne dépasse plus 48 heures par semaine. Ils ont eu raison: au-delà de ce temps de travail, le risque d’avoir une consommation d’alcool problématique est augmentée de 12%! C’est que révèle l’analyse d’une série d’études portant sur 40 000 personnes réparties dans 14 pays, publiée le 13 janvier dans la revue médical The British Medical Journal.

Une consommation à risque d’alcool correspond à plus de 14 boissons alcoolisées par semaine pour une femme, et plus de 21 pour un homme, notent les auteurs. La référence pour une boisson est généralement l’«unité» d’alcool, soit 10 grammes d’alcool pur, correspondant à un verre standard (verre de bistrot ou de bar) comme par exemple un petit verre de whisky (3 centilitre ou cl), un verre de vin (10 cl à 12°) ou une chope de bière (25 cl à 5°).

Selon les chercheurs, l’augmentation de la consommation est la même quel que soit le sexe, l’âge ou le métier des individus. Au total, sur les 14 pays concernés, plus de 2 millions de personnes seraient ainsi à risque de consommer trop d’alcool. Un nombre impressionnant mais à relativiser. «Il faut se rappeler que le travail, aussi pénible soit-il, expose moins les individus à l’alcool que le chômage», rappelle le professeur Michel Lejoyeux, psychiatre addictologue à l’hôpital Bichat à Paris. La perte d’emploi et le chômage sont depuis longtemps reconnus comme des facteurs favorisant l’alcoolisme. A contrario, le risque d’abus d’alcool en raison d’un excès de travail est faible dans l’absolu, mais justifie un examen attentif, relève Cassandra Okechukwu, de l’Ecole de santé publique d’Harvard (États-Unis).

Ce que ça cache

«La durée du temps de travail est un indicateur de pénibilité qui montre que nous ne sommes plus dans une relation normale au travail. Mais il faut surtout analyser pourquoi l’alcool est consommé», estime de son côté Michel Lejoyeux. «Ainsi, nous voyons de plus en plus de femmes dans des situations de surmenage professionnel et de stress à la maison qui boivent de l’alcool pour son effet euphorisant, qui va masquer les premiers signes de fatigue. À l’opposé, des professions confrontées aux horaires décalés vont boire de l’alcool pour pouvoir dormir», poursuit-il.

Plus que le temps de travail, l’addictologue met en cause certaines habitudes d’intégration au groupe qui passent forcément par la consommation d’alcool. Même si la loi a récemment évolué et précise que les entreprises françaises peuvent désormais restreindre la consommation de boissons alcoolisées, les habitudes de pots au boulot sont bien ancrées. Seulement 20% des salariés ne participent à aucun pot dans l’année, selon un sondage réalisé par l’Institut de recherches scientifiques sur les boissons en 2014. Le nombre de pots moyens annuel dans les entreprises est de trois. Lors de ces pots, la consommation d’alcool demeure la règle. «Les esprits doivent évoluer. La consommation d’alcool ne doit plus être un condition pour faire partie du groupe», conclut Michel Lejoyeux.

 

 

source article et image: http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/01/14/23255-plus-on-passe-temps-travailler-plus-lon-boit